Encore une étrangeté pour l’ornithorynque

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Après une petite pause dans mes articles, j’ai décidé de re lancer la machine en vous faisant part d’un article quelque peu surprenant que j’ai lu récemment, concernant l’ornithorynque … Déjà nous sommes d’accord, ce petit animal est plutôt énigmatique mais c’était sans connaitre sa nouvelle capacité d’émettre de la lumière !


Modèle d’étude

L’ornithorynque (Ornithorhynchus anatinus) est considéré comme un mammifère car il allaite ses petits, mais il pond des oeufs. Il fait ainsi partie de l’ordre des monotrèmes, qui comprend seulement 5 espèces dont l’ornithorynque.
C’est un animal semi-aquatique, endémique de l’est de l’Australie, il habite dans des ruisseaux, lacs ou lagunes. Il est actif de nuit et au crépuscule, impliquant qu’il doit avoir des capacités accrues afin d’exploiter les ressources de ces zones sombres d’eaux troubles.
Notamment, il nage les yeux fermés, s’appuyant alors sur la mécanoréception et l’électro-réception pour localiser ses proies sous l’eau. Il possède une mâchoire cornée, ressemblant à un bec de canard, une queue de castor lui servant de gouvernail dans l’eau et de réserve de graisses et des pattes de loutre. Mais attention, si son apparence intrigue, il faut éviter de s’en approcher car il est venimeux. La mâle porte sur ses pattes arrières un aiguillon dont le venin peut tuer un chien !


Emettre de la lumière !?

Emettre de la lumière… nous l’entendons dans le concept de biofluorescence. Ce mécanisme consiste, pour un animal via sa peau (pelage, écailles, ..) à capter les longueurs d’ondes courtes et d’émettre des longueur d’ondes plus longues, sous lumière UV. Ceci est déjà connu chez certains poissons, reptiles, amphibiens et oiseaux. Chez les mammifères, seules deux espèces étaient connues pour avoir cette capacité de biofluorescence un opossum et un écureuil volant.

Les auteurs de l’étude ont examinés trois spécimens de musées, appartenant au Field Museum of Natural History (Chicago, Illinois, USA) et University of Nebraska State Museum (Lincoln, Nebraska, USA), pour déterminer les caractéristiques de la biofluorescence de l’ornithorynques. En effet, chez toutes les espèces connues pour être biofluorescentes, et portant une fourrure, sous lumière UV, cette dernière apparait dans des nuances de couleur rouge, orange, jaune, bleu, violet, lavande ou rose.

Le pelage dorsal et ventral de l’ornithorynque, qui apparait uniformément brun sous la lumière visible, apparait alors dans des nuances de vert à cyan sous la lumière UV, que ce soit chez le mâle ou la femelle. Cette constatation mise en parallèle avec les mêmes observations concernant l’écureuil volant et l’opossum, peut renforcer l’hypothèse selon laquelle le trait est adaptatif dans des environnements peu éclairés. En effet la comparaison faites entre un écureuil biofluorescent nocturne et son homologue diurne montre que ce dernier ne présente pas cette capacité lumineuse. La comparaison a été faite sur des spécimens de musées pour pouvoir entrer dans cette étude, elle même réalisée seulement sur de spécimens de musées.

Pourquoi être biofluorescent ?

L’ornithorynque, nous l’avons dit plus haut, se déplace principalement au sein de son univers par mécanoréception et électro-réception. Pour les auteurs, cette biofluorescence serait plus utile dans les interactions inter-espèces, notamment pour éviter les prédateurs qui sont sensibles aux UVs. Des études supplémentaires sur le terrain, sur des spécimens sauvages, permettront d’éclaircir ce point.


Conclusion

Cette découverte de biofluorescence chez l’ornithorynque permet d’ajouter un nouveau stade de compréhension à cette capacité, qui se retrouve maintenant sur trois taxons, habitant des écosystèmes et des continents différents.
Le passage à travers la phylogénie de cette biofluorescence pourrait alors soulever l’hypothèse, qu’il s’agisse d’un trait ancestral des mammifères… Affaire à suivre !


Biofluorescence in the platypus (Ornithorhynchus anatinus), P. S. Anich, S. Anthony, M. Carlson, A. Gunnelson, A. M. Kohler, J. G. Martin et E. R. Olson, Mammalia, 000010151520200027, eISSN 1864-1547, ISSN 0025-1461, DOI: https://doi.org/10.1515/mammalia-2020-0027