Connectivité et biodiversité…

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Les activités anthropogéniques ont conduit au changement climatique, et l’accélèrent. L’impact est immense sur la faune et la flore, sur la biodiversité en générale, de nombreuses espèces disparaissent, des habitats sont dégradés et/ou fragmentés. Un moyen de lutte fut de créer des aires protégées, mais quel est leur impact réel sur la résilience des espèces face au changement climatique ?


Une aire protégées est par définition une zone géographique où les espèces qui s’y trouvent sont protégées autant que faire se peut des impacts des activités humaines. Elles ont démontrées leur bénéfice quant à la préservation des espèces et la possible réintroduction dans leur milieu naturel d’espèces en danger. Mais qu’en est-il de leur rôle dans la modification de répartition des espèces du fait du changement climatique et donc de leur conservation. Selon la théorie de la métapopulation, une population est plus susceptible de persister dans une vaste parcelle d’habitat bien connectée que dans une petite parcelle et fragmentée. De façon innée, on comprend donc bien que si des aires protégées sont bien connectées entre elles, elles permettront aux espèces de résister au changement climatique en se déplaçant vers des zones plus propices (en faisant simple). En effet outre les conditions climatiques, la composition et la structure du paysage entourant les aires protégées jouent un rôle crucial pour la redistribution de la faune sous le changement climatique. Il faut donc définir les caractéristiques précises de ces zones qui impactent positivement la résilience des espèces face au changement climatique. C’est ce point qu’ont voulu éclaircir Lehokoinen et al. (2020).

Méthode

Ils ont étudié les effets de la couverture des aires protégées et du couvert forestier sur les changements dans les communautés d’oiseaux au sein de ces zones finlandaises entre deux périodes : 1980–1999 et 2000–2015. Ils ont utilisé l’indice de température communautaire pour étudier les impacts du climat sur les communautés d’oiseaux terrestres finlandais, qui ont été échantillonnés le long de transects linéaires dans 181 aires protégées à travers la Finlande. Le long des transect des données d’abondance ont donc été collectées. Les espèces et les zones étudiées font partie du biome boréal qui est confronté aux vitesses de changement climatique les plus rapides au monde !

Focus sur l’indice thermique de communautés

Pour chaque espèce étudiée, les auteurs ont calculé la température moyenne de leur aire totale de distribution . On obtient un STI (Species Temperature Index). Puis on obtient l’indice moyen de température de l’assemblage d’espèces relevé en un point donné de l’espace géographique en faisant la moyenne des STI spécifiques. Ceci conduit alors à notre indice thermique de la communauté (CTI, Community Temperature Index). Cet indice est la moyenne de tous les STI des espèces qui composent le peuplement, pondéré par l’abondance de chacune.
A quoi cela sert ? Cet indice renseigne sur le degré moyen de « thermophilie » des espèces qui composent chaque assemblage local d’espèces, c’est-à-dire quelle est la part des espèces qui apprécient le chaud. Cette donnée va permettre de savoir en fonction de la variation des CTI si une zone comporte plus ou moins de ces espèces thermophiles. S’il y en a plus, c’est qu’elles ont remplacées des espèces appréciant plus le froid, qui elles se sont sûrement déplacées plus au nord, du fait de changement climatique (cf. schéma ci-dessous).


Résultat

L’augmentation de la surface des zones protégées entre les deux périodes a sensiblement réduit les variations de CTI. En d’autres termes, le remplacement des espèces “froides” par des espèces “chaudes” s’est ralenti, montrant alors une résilience et une persistance face au changement climatique. Ceci induit que les aires protégées concentrent plus d’espèces froides que les zones qui l’entourent. Ainsi les aires protégées sont donc toujours en mesure d’atténuer les impacts des changements climatiques, contrairement aux zones non protégées. Cette augmentation de surface de plus induit un habitat de meilleur qualité pour les espèces.

L’étude souligne également que des espaces protégés hétérogènes tendent beaucoup plus à soutenir une plus grande diversité d’espèces et à leur maintien face aux changements climatiques, contrairement à des paysages monotones. Nous avons des sortes de microclimats dans ces zones.
Plus il y a de zones protégées dans le milieu plus la compensation des modifications de communautés d’espèces du au réchauffement climatique est amoindrie. C’est ce qu’a démontré l’étude en se basant sur des rayon d’étude de 100km, contenant plus de zones protégées. Les impacts sont réduits, contrairement à ce qui se passe à l’échelle d’une zone protégée unique (résultat moins flagrant).
Une précédente étude finlandaise a révélé que l’augmentation des proportions de forêts boréales anciennes dans la matrice du paysage entourant les aires protégées est en corrélation positive avec la spécialisation de la communauté aviaire au sein de ces zones. Cela suggère que ces dernières, entourées par une activité forestière intense ne sont pas en mesure de maintenir leur assemblage d’espèces et les niveaux d’abondance des espèces (Häkkilä et al., 2017). Mais l’appliquer à d’autres taxons et à d’autres zones géographiques demande des études supplémentaires.

Un autre problème, déjà soulevé dans d’autres articles, est que la volonté d’accroitre les zones protégées se heurtent de plus en plus à des obstacles sociaux, économiques et politiques. La volonté de connecter des zones protégées se limite donc à une petite échelle.

Conclusion

Les résultats de cette étude soutiennent que l’amélioration de la connectivité multispécifique pourrait être atteinte en augmentant la taille et la couverture des zones protégées dans le paysage. En d’autres termes, les conclusions de l’étude mettent en évidence la capacité d’un réseau connecté d’aires protégées élargies à atténuer les changements au niveau communautaire en cas de changement climatique rapide.
Ces extensions permettront également de laisser du temps à certaines espèces pour s’acclimater autant que possible aux nouvelles conditions de vie. Une collaboration internationale en matière de conservation peut être nécessaire pour assurer une couverture suffisante des aires protégées servant de refuges pour les espèces vivant dans des climats froids et obligées de monter à des latitudes et altitudes plus hautes, car à un moment donnée, les espèces se retrouveront confrontées à la présence d’une mer…


P. Lehikoinen, M. Tiusanen, A. Santangeli, A. Rajasärkkä, K. Jaatinen, J. Valkama, R. Virkkala, A. Lehikoinen, Increasing protected area coverage mitigates climate-driven community changes, Biological Conservation, Volume 253, 2021, 108892, ISSN 0006-3207
https://doi.org/10.1016/j.biocon.2020.108892.