Quand nos actions peuvent être positives pour les oiseaux…


Il n’est plus à démontrer l’impact négatif des activités anthropogéniques sur la nature, ainsi que leur rôle dans le changement climatique. Les oiseaux migrateurs subissent la double peine, perturbations de leur migrations par le changement de climat et perturbations dans leurs zones d’hivernages et de reproduction avec les activités humaines. Mais peut-on compenser nos impacts par des actions simples ?


Prendre soin

Les centres de soins de la vie sauvage sont d’une importance capitale pour sauver et « réparer » d’une certaine manière les impacts de nos activités sur la faune sauvage et notamment les oiseaux marins. Une étude récente a démontré, par une analyse de données sur 7 ans d’un centre de soins pour oiseaux marins, au Portugal, l’ampleur des dégâts causés à ces oiseaux par nos actions. Cette étude sous-tend qu’à travers l’Europe le constat est le même. L’implication des centres de soins dans les mesures de conservation et de protection des oiseaux ici, mais en règle générale de la faune sauvage, sont indispensables.

Dans cette étude, sur 1135 oiseaux arrivées vivant au centre, seul 1/3 fut relâché en bonnes conditions physiques. Le reste n’a pas survécu : 1/3 morts lors de soins, l’autre tiers euthanasiés car les soins ne pouvaient pallier à un état de santé trop détérioré.
Ils ont recensé 907 oiseaux arrivés morts au centre.
Les principaux facteurs de blessures sur les oiseaux marins sont les traumatismes, ou intoxications, mais aussi les enchevêtrements dans des pièges ou autres, ou les prises accessoires.


Costa, R.A., Sá, S., Pereira, A.T. et al. Threats to seabirds in Portugal: integrating data from a rehabilitation centre and stranding network. Eur J Wildl Res 67, 41 (2021). https://doi.org/10.1007/s10344-021-01483-5


Agir pour contrer les menaces

Les oiseaux migrateurs sont particulièrement sensibles aux activités anthropogéniques, de façon négative, car ils doivent faire face aux changements et du site de départ et du site d’arrivée. Nous savons qu’il y a une corrélation entre ces deux lieux, tel un réseau mondial d’écosystèmes, connue par les oiseaux.
Ainsi ils doivent chronométrer leurs voyages avec précision, naviguer dans une atmosphère dynamique, localiser les ressources de manière sûre, fiable et efficace, et prospérer dans des contextes écologiques qui diffèrent selon les saisons et les hémisphères. À mesure que le changement climatique modifie les fenêtres temporelles optimales, les régimes de vent et les modèles de tempêtes, et que les humains modifient à la fois les paysages à travers lesquels les oiseaux passent et les zones où ils se reproduisent et hivernent, une stratégie migratoire peut devenir de plus en plus intenable.

A travers le monde, les oiseaux migrateurs sont en déclin, surtout les oiseaux qui doivent parcourir de longues distances et qui semblent montrer une plus faible flexibilité au changement que les espèces à courte migration. Au fur et à mesure que les changements se poursuivent, les espèces devront non seulement changer de calendrier à travers plusieurs étapes du cycle annuel, mais aussi subir des changements de distribution à grande échelle pour suivre les conditions appropriées. Il est très difficile de prédire comment les espèces réagiront dans le futur, car les processus écologiques et comportementaux qui facilitent ces changements sont mal connus et mal compris.

La fauvette à tête noire d’Eurasie (Sylvia atricapilla) est un oiseau migrateur dont l’aire de reproduction se situe au sud-Ouest de l’Europe jusqu’à la région ibérique. Cette espèce prospère malgré le changement climatique, elle a vu sa population augmenter de 155% depuis 1980, contrairement aux autres espèces migratrices. Elle présente des stratégies migratoires variées, pouvant être sédentaires ou être en migration totale, avec des routes migratoires diverses. Au cours de ces dernières années, face au changement climatique, elle a augmenté son aire d’hivernage vers le nord, en Grande-Bretagne et en Irlande. Ceci peut s’expliquer avec des hivers plus doux et la présence de nourriture supplémentaire mise à disposition par les humains, dans les jardins. Ce-dernier point représente une source de nourriture fiable et sûr durant l’hiver. Il a été démontré que ces oiseaux sont originaires d’Europe continentale et semblent s’être adapté à l’époque de l’Anthropocène.
Il est donc intéressant de comprendre, par l’étude de cette espèce, ce qui peut contribuer au succès adaptatif des oiseaux migrateurs face au changement climatique.

Les chercheurs ont réussi à mettre en évidence une utilisation croissante des stations d’alimentation de jardin dans des conditions froides et humides, sachant que la recherche de baies et de fruits est particulièrement énergivore. Les fauvettes à tête noire se nourrissent donc d’aliments gras trouvés dans les jardins. Ces animaux seront plus fidèles à ces aires d’hivernage que les populations des zones méditerranéenne, qui elles doivent suivre les ressources fruitières éphémères ou sont forcées de se déplacer une fois épuisées. Pour les populations de Grande-Bretagne et Irlande, le fait d’avoir une source fiable et facile d’accès est un élément influant sur la résidence des fauvettes à têtes noires, surtout lorsque la densité de population augmente.


L’étude a montré qu’il y a une domination des adultes face à la fréquentation des jardins. En effet, ils stockent moins de graisses et sont en meilleure conditions que les jeunes qui fréquentent pour la première fois ces jardins. Ces derniers stockent plus de graisses. Le fait de stocker moins de graisses et un avantage certain face à la prédation. Pour les jeunes, ces réserves de nourriture faible servent de tampon face aux intempéries.
Les jeunes oiseaux sont plus susceptibles d’être dans les jardins de façon transitoire, surtout au début de l’hiver, ce qui peut indiquer que ces individus inexpérimentés sont plus explorateurs que les adultes établis.

Autre avantage de cette nourriture fiable dans les jardins, les oiseaux préparant leur migration accumulent rapidement les réserves de graisses nécessaire pour leur vol et arrivent ainsi plus tôt sur leur aire de reproduction, leur conférant face aux autres individus, un avantage certain pour la pérennité de l’espèce.

Les oiseaux hivernant britanniques présentent une morphologie de bec plus fine et logue ainsi que des bouts d’ailes plus arrondies, contrairement aux hivernants méditerranéen. Ceci suppose donc que la nourriture supplémentaire fournie par les jardins est un des moteurs d’évolution de la morphologie des oiseaux.

Il est clair que l’activité humaine a façonné le comportement des fauvettes à tête noire hivernant en Grande-Bretagne et en Irlande, à la fois directement et indirectement. Le climat dans ces régions tendra à se réchauffer dans les décennies qui arrivent, ce qui pourrait pousser les oiseaux à ne plus côtoyer les jardins en période d’hivernage malgré que leur population augmente.

L’étude souligne néanmoins que l’impact de la nourriture supplémentaire n’a de réel effet que lorsque la nourriture naturelle est drastiquement réduite, quand les conditions sont dures. Dans ce cas la supplémentation alimentaire a un rôle démesuré dans la survie.

De nombreux oiseaux migrateurs confrontés aux pressions du changement environnemental sont en déclin, mais la fauvette à tête noire prospère dans un monde en mutation. Le changement climatique combiné à une alimentation supplémentaire des oiseaux a facilité l’établissement rapide de cette population hivernante et continue de façonner sa biologie.
Ces oiseaux présentent beaucoup de variation et de flexibilité dans leurs stratégies, ce qui peut être la clé de leur succès à mesure que les environnements changent rapidement.
Parmi les espèces migratrices, celles qui présentent une grande variation et une grande flexibilité dans les comportements de déplacement et d’alimentation seront probablement les mieux équipées pour répondre aux prochaines décennies de changement climatique.


Van Doren, B.M., Conway, G.J., Phillips, R.J., Evans, G.C., Roberts, G.C.M., Liedvogel, M. and Sheldon, B.C. (2021), Human activity shapes the wintering ecology of a migratory bird. Glob Change Biol. https://doi.org/10.1111/gcb.15597


Il ne faut donc pas négliger notre contribution à la survie des espèces en leur donnant une alimentation fiable lorsque les conditions sont difficiles.

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