La disparition des grands herbivores dans les forêts tropicales a des conséquences profondes et méconnues sur les interactions entre les plantes et leurs ennemis naturels. Une étude récente, publiée dans le Journal of Ecology, révèle que l’absence de mammifères tels que les tapirs, les cerfs et les pécaris réduit significativement les interactions entre les plantes et les pathogènes, menaçant ainsi la biodiversité.


Un équilibre perturbé

Dans les forêts tropicales, les herbivores jouent un rôle crucial en influençant la dynamique écologique. Ces animaux, en se nourrissant de plantes et en se déplaçant sur de longues distances, transportent divers micro-organismes et pathogènes entre les plantes. Leur disparition entraîne une réduction de la dispersion des pathogènes, ce qui impacte directement les interactions plantes-pathogènes.

Carine Emer, auteure principale de l’étude et chercheuse à l’Institut de Biosciences de l’Université de l’État de São Paulo (IB-UNESP), explique que l’absence de ces herbivores entraîne une augmentation de la richesse en espèces végétales à court terme. Cependant, cela limite la capacité des pathogènes à se propager, réduisant ainsi leurs interactions avec les plantes.

Les impacts sur la biodiversité

Les interactions entre plantes et pathogènes sont essentielles pour la biodiversité. Elles engendrent une « course aux armements » évolutive. Les plantes développent des défenses contre les attaques, et les pathogènes, de nouvelles méthodes d’infection. Cette dynamique contribue à l’émergence de nouvelles espèces et à la diversité fonctionnelle au sein des écosystèmes forestiers.

Feuille du sous-étage de la forêt tropicale atlantique endommagée par des ennemis naturels. © André Assis Bherig

Les auteurs menèrent leur étude dans différentes régions de la forêt atlantique du Brésil. Ils ont analysé les dommages causés par les pathogènes et les insectes sur plus de 10 000 feuilles de plantes. Les résultats montrent que dans les parcelles sans grands herbivores, les dommages causés par les pathogènes diminuaient de 29 %. A l’inverse, ceux causés par les insectes restaient inchangés.

Conséquences à long terme de la disparition des herbivores

La réduction des interactions plantes-pathogènes pourrait avoir des répercussions à long terme sur la biodiversité. Sans ces interactions, le processus de sélection naturelle qui conduit à l’apparition de nouvelles espèces pourrait être freiné. Des recherches sur des feuilles fossilisées montrent des changements majeurs dans les structures végétales. Ils réduisent la diversité fonctionnelle des insectes herbivores. Ces changements ont affecté les interactions écologiques au cours des 66 derniers millions d’années.

Mauro Galetti, professeur à IB-UNESP et co-auteur de l’étude, souligne que ces résultats doivent être étendus à d’autres régions et forêts tropicales pour mieux comprendre l’ampleur de ces effets. Il met en garde contre le problème supplémentaire que constitue l’extinction de grands mammifères pour les écosystèmes.

Vers une meilleure compréhension

Les découvertes de cette étude apportent un éclairage nouveau sur l’importance des grands herbivores dans les écosystèmes tropicaux. Elles soulignent la nécessité de conserver ces espèces pour maintenir l’équilibre écologique et la biodiversité. Les recherches futures devront explorer davantage ces interactions complexes pour développer des stratégies de conservation efficaces.

En conclusion, la disparition des grands herbivores a des effets en cascade sur les écosystèmes tropicaux, affectant non seulement les plantes et les pathogènes, mais aussi l’ensemble de la biodiversité. La préservation de ces espèces est cruciale pour le maintien des fonctions écologiques et de la diversité biologique des forêts tropicales.

Source : Carine Emer et al., “The interplay between defaunation and phylogenetic diversity affects leaf damage by natural enemies in tropical plants”, Journal of Ecology (2024).

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