L’impact des activités humaines sur la faune et la flore est un sujet de préoccupation croissante. L’une des dimensions importantes, mais souvent négligées est le bruit généré par les activités récréatives en extérieur. Deux études récentes se sont penchées sur cette problématique, explorant comment les bruits des loisirs affectent le comportement et l’utilisation de l’habitat chez les animaux sauvages. Ces recherches, publiées dans Current Biology, fournissent des données cruciales pour comprendre et atténuer ces impacts.


Contexte et méthodologie de l’étude

Les chercheurs de l’USDA Forest Service Rocky Mountain Research Station ont mené une étude dans la forêt nationale de Bridger-Teton, Wyoming. Ils ont utilisé un dispositif expérimental novateur pour isoler et analyser les effets des bruits des loisirs sur plusieurs espèces de mammifères. Des caméras et des haut-parleurs ont été placés le long des sentiers de la faune. Ils diffusaient différents types de bruits associés à des activités de loisir. Ceux-ci comprenaient la randonnée, le vélo de montagne et l’utilisation de véhicules tout-terrain.

Lorsqu’un animal entrait dans une zone d’étude, les haut-parleurs diffusaient des sons. Simultanément, les caméras enregistraient les réactions comportementales des animaux. Cette configuration a permis aux chercheurs d’observer les réponses immédiates des animaux au bruit. Ils ont pu analyser les changements dans leur présence au sein des zones étudiées.

« Les réactions de la faune aux bruits des loisirs sont souvent inobservables. Et c’était un défi de recherche amusant », déclare le Dr Kathy Zeller, auteur principal de l’étude.

Résultats et implications de l’étude

Les résultats ont montré que les animaux étaient 3,1 à 4,7 fois plus susceptibles de fuir et montraient des comportements de vigilance 2,2 à 3,0 fois plus longs lorsqu’ils étaient exposés au bruit des loisirs par rapport aux sons naturels ou à l’absence de bruit. De plus, la présence relative locale de la faune était 1,5 fois plus faible la semaine suivant la diffusion du bruit des loisirs.

Résumé de l’étude. © Katherine A. Zeller, et al., 2024

Les bruits générés par des groupes plus importants, en particulier les randonneurs vocaux et les cyclistes de montagne, entraînaient la probabilité la plus élevée de fuite des animaux. La probabilité devenait de 6 à 8 fois plus grande. Les élans et les ours noirs constituent les espèces les plus sensibles au bruit des loisirs. Or les grands carnivores semblaient les moins affectés.

Solutions pour minimiser l’impact des bruits sur la faune tout en maintenant les opportunités récréatives

Les solutions envisageables incluent la création de zones de silence où on limite l’accès humain pour protéger les habitats sensibles. La régulation de la taille des groupes et des types d’activités peut également réduire les perturbations sonores. On peut imaginer l’utilisation de technologies de mitigation du bruit, comme des barrières acoustiques et des matériaux absorbant le bruit. Ces mesures réduiraient les comportements de fuite et le stress chez les animaux. Mais elles préserveraient la qualité des expériences récréatives pour les visiteurs.

Dr Kathy Zeller souligne : « Notre étude est la première à quantifier les réponses au bruit de loisirs produit par l’homme en fonction du type de loisirs, de la taille du groupe, des vocalisations du groupe et des espèces sauvages. Des informations comme celle-ci peuvent aider les gestionnaires à équilibrer les opportunités de loisirs avec la gestion de la faune. Ce qui est essentiel à mesure que les loisirs de plein air se gagnent en popularité ».

Parallèlement, sensibiliser et éduquer les visiteurs sur l’impact de leur bruit est crucial pour encourager des comportements respectueux de l’environnement. Des campagnes de sensibilisation, des programmes éducatifs et une signalisation informative peuvent promouvoir un comportement responsable. Enfin, une gestion adaptative basée sur la surveillance continue des niveaux de bruit et des comportements de la faune permet d’ajuster les stratégies de conservation en temps réel. Elle garantirait une réponse rapide et efficace aux perturbations observées.

Ces résultats s’inscrivent dans le contexte plus large des impacts humains sur la faune sauvage. Une autre étude de 2023 explore spécifiquement la peur du « super prédateur humain » et ses effets sur les comportements des animaux en savane africaine.

Étude sur la peur du « super prédateur humain » en savane africaine

Une étude menée par l’Université Western a révélé que la peur des humains chez les éléphants, les rhinocéros et les girafes dépasse largement celle des lions. Bien que traditionnellement on considère ces derniers comme les prédateurs les plus redoutés de la savane africaine. Les chercheurs, dirigés par Liana Zanette, ont démontré que les animaux fuient deux fois plus face aux voix humaines. Les animaux abandonnent les points d’eau 40 % plus rapidement en entendant des humains plutôt que des lions ou des sons de chasse. Près de 95 % des espèces étudiées réagissaient plus intensément aux voix humaines. Plus précisément il s’agissait des girafes, léopards, hyènes, zèbres, kudu, phacochères et impalas. Ils fuyaient significativement plus les sons humains que ceux des lions.

Ces découvertes renforcent les preuves croissantes que la peur du « super prédateur humain » est omniprésente à travers la planète. Zanette souligne que cette peur pourrait avoir des conséquences écologiques dramatiques. Elle pourrait réduire le nombre d’animaux sauvages. Les résultats de cette étude posent un défi significatif pour la gestion des zones protégées et la conservation de la faune. En effet,  il devient désormais clair que la peur des humains, même ceux perçus comme bénins, telle que les touristes, peut entraîner des impacts considérables et auparavant méconnus sur le comportement des animaux sauvages.

Source : Katherine A. Zeller, et al., « Experimental recreationist noise alters behavior and space use of wildlife« , Current Biology (2024).

Image de couverture : Photo d’un ours par un appareil photo animalier dans le cadre de l’étude des bruits. © Service forestier de l’USDA

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